Two articles as published in the weekend edition of april 30th  of Le Devoir - a French Canadian newspaper in Quebec, Canada
 

Environnement et économie: l’échec des verts

Le mouvement environnemental a échoué, dit l’ex-commissaire au développement durable québécois et « ex-environnementaliste », Harvey Mead. Plus de 40 ans après le premier rapport du Club de Rome sur les limites de la croissance, on n’est toujours pas parvenu à convaincre les populations et leurs dirigeants de changer de paradigme économique. Il est désormais trop tard pour espérer entreprendre un virage en douceur vers le développement durable et éviter la collision avec la réalité.
 

Lorsqu’il regarde les nouvelles sur la crise européenne à la télévision, Harvey Mead a l’impression d’entrevoir l’avenir pas si lointain où la demande de matières premières, et, par conséquent, leurs prix, auront tellement augmenté que l’économie mondiale sera paralysée. « Les gens n’acceptent pas le catastrophisme. Je ne vois pas, ni chez nos leaders, ni dans la population, de véritable prise de conscience de l’exagération de notre mode de vie. Mais si on veut avoir une idée de quoi peut avoir l’air tout un continent dont l’économie est déstabilisée, il suffit de regarder du côté de l’Europe. »

 

L’échec


Premier sous-ministre québécois au développement durable, au tournant des années 90, et premier commissaire au développement durable du Québec avant de voir ce mandat brutalement interrompu en 2008, ce Québécois d’origine américaine a été de toutes les grandes batailles du mouvement environnemental québécois depuis la fin des années 60. Il a été l’un des premiers à prêcher les vertus du recyclage, du compostage, des voitures moins énergivores. Il a été l’un des premiers à élargir le discours écologiste au concept de développement durable.


Il ne veut plus aujourd’hui qu’on le présente comme un environnementaliste. « J’ai échoué dans cette carrière. » Il a publié en 2011 un volumineux ouvrage expliquant, notamment aux économistes, comment on pourrait remplacer le recours systématique au produit intérieur brut (PIB) par un Indice de progrès véritable faisant la somme de toutes les avancées en matière de qualité de vie, mais soustrayant aussi toutes les externalités négatives comme l’épuisement des ressources et la pollution. Outre ses nombreuses apparitions à des conférences, il tient également depuis peu un blogue (harveymead.org).


« Le changement de paradigme n’est pas survenu, constate-t-il à regret. Le seul objectif qui prévaut aujourd’hui est encore celui de la croissance. » C’est toujours le seul objectif qui compte vraiment pour les économistes et les grandes institutions économiques internationales qui conseillent les politiciens et que citent les médias. C’est aussi le principal objectif que défendent actuellement des dirigeants plus progressistes, comme Barack Obama aux États-Unis et François Hollande en France. Même Joseph Stiglitz - le célèbre Prix Nobel d’économie et grand critique du PIB - n’arrive pas à s’empêcher de retomber dans ces ornières intellectuelles.

 

L’inévitable choc


Harvey Mead ne croit pas en cette démarche consistant à essayer de donner une valeur financière aux écosystèmes afin qu’ils soient mieux pris en compte par la logique économique. « Actuellement, l’environnement et l’économie sont fondamentalement irréconciliables. » Il juge tout aussi sévèrement tous ces environnementalistes qui affirment qu’une poursuite de la croissance économique est possible si l’on entreprend une révolution industrielle verte qui s’appuierait, entre autres, sur les sources d’énergie renouvelables et sur des procédés de production tenant compte du cycle de vie des biens. « Il est trop tard pour cela. On n’a plus le temps », croit-il.


Quoi que l’on dise sur la dématérialisation de nos économies, que permettraient, entre autres, la croissance du secteur des services et les technologies numériques, elles ne savent toujours pas comment croître sans consommer plus de matières premières, à commencer par les énergies fossiles. Comme ces ressources ne sont pas illimitées, leur rareté et donc leurs prix ne peuvent qu’augmenter sans cesse, jusqu’à ce qu’ils pèsent trop lourd dans la balance.


Le Club de Rome avait déjà décrit ce phénomène au début des années 70, et avait prédit l’atteinte d’un point de rupture aux alentours de 2025-2030. Après cette date, l’augmentation des prix de l’énergie, des autres ressources non renouvelables et de l’alimentation allait plomber les économies et même provoquer un certain déclin démographique.


Les faits semblent donner raison à ces prédictions. Le taux de retour énergétique durant les belles années où le pétrole gisait du sol presque déjà raffiné était d’une unité d’énergie investie pour 100 unités extraites. Ce ratio est tombé depuis à 1 pour 25 dans les nouvelles exploitations pétrolières, il est d’environ 1 pour 20 pour le gaz naturel, il serait d’environ 1 pour 5 pour les sables bitumineux et le gaz de schiste, et de presque 1 pour 1 pour l’éthanol de maïs. Les sources d’énergie renouvelables ne seraient pas d’un grand secours, poursuit Harvey Mead. Les panneaux solaires ne dépassent pas un ratio de 1 pour 10 et l’énergie éolienne fait à peine mieux, alors qu’on estime que ce ratio serait le strict minimum pour permettre à nos sociétés de maintenir leur mode de vie et que ces sources alternatives ne comptent toujours pour presque rien dans leur approvisionnement énergétique.


« Vous vous souvenez quand le prix du pétrole est monté à 148 $ le baril en 2008 ? donne-t-il comme exemple. Tous les secteurs ont été touchés. Il y a eu des émeutes de la faim. Ici, on ne parle pas seulement des prix de l’énergie, mais de celui de l’ensemble des principales ressources. »

 

Et l’environnement ?


Les perspectives sur le plan environnemental ne sont pas plus brillantes. Toutes les grandes institutions économiques internationales admettent désormais que les États n’ont aucune chance d’atteindre les cibles qu’elles se sont fixées en matière de réduction de gaz à effet de serre à moins d’un changement de cap tout aussi spectaculaire qu’improbable. Cela ne les empêche pas d’échafauder toutes sortes de scénarios de virage vers une économie verte.


 

Mais tout cela arrive trop tard, répète Harvey Mead. Le choc est inévitable et sera très dur. « Il ne nous reste plus qu’à essayer de sauver les meubles. De voir comment les pays riches parviendront à gérer l’effondrement du système économique et social. » L’un des grands avantages de cette décroissance est qu’elle donnera plus de temps pour changer enfin de paradigme et amorcer une véritable conversion vers une économie verte.


« Le plus gros problème est le sort des quatre ou cinq milliards d’êtres humains qui vivent toujours dans la pauvreté, observe-t-il. Il faudrait pouvoir trouver le moyen de traverser cette période de crise sans que cela les empêche d’améliorer leur situation. »


 

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Combien vaut la planète?

Environnement et économie sont-ils des réalités réconciliables?



Devant des décideurs politiques au discours souvent dicté par des impératifs économiques, de plus en plus de chercheurs et d’environnementalistes estiment qu’il importe de faire la démonstration de la valeur des «services» rendus par les écosystèmes afin d’en favoriser la protection. Une approche qui pourrait être utilisée au Québec, mais qui a ses détracteurs.

Que valent les services rendus par le golfe du Saint-Laurent, source d’une grande biodiversité ? Ou encore la forêt amazonienne, qui absorbe des millions de tonnes de carbone chaque année ? La chose peut sembler difficile à évaluer, mais de plus en plus de scientifiques se disent convaincus de la possibilité de mieux sensibiliser citoyens et dirigeants en accordant une valeur économique aux « services écosystémiques », offerts gratuitement par les milieux naturels.


« Il faut essayer de donner une plus value économique à la protection de l’environnement. C’est vrai pour toutes les zones maritimes du monde. C’est vraiment la stratégie à adopter pour le futur, parce que ça interpelle les citoyens, mais aussi les décideurs politiques », affirme Lyne Morissette, spécialiste de l’écologie des écosystèmes marins à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski.


Le biologiste Sylvain Archambault se montre quant à lui un peu plus sceptique par rapport à cette approche, qui est loin de faire l’unanimité chez ceux qui ont à coeur la protection de l’environnement. « Je trouve que nous ne devrions pas avoir à justifier, de cette façon, la conservation de territoires. Ça devrait aller de soi, souligne-t-il d’entrée de jeu. Mais il faut être réalistes. L’aspect financier est aujourd’hui incontournable. Et cette idée de donner une valeur économique à des écosystèmes a plusieurs avantages. »


M. Archambault estime que cette approche permet de démontrer aux citoyens la valeur « insoupçonnée » des milieux naturels, et ainsi de confronter les promoteurs de projets industriels ou autres à armes égales. « Elle offre des images percutantes qui peuvent “toucher” des gens qui ne seraient pas touchés autrement. En effet, les arguments “la beauté des lieux” ou “la conservation de la nature devrait aller de soi” ne touchent qu’une certaine frange de la population. L’ajout du volet économique permet de convaincre des gens qui ne seraient tout simplement pas touchés autrement. »


L’ONU plaide aussi pour une plus grande reconnaissance de l’importance de l’« actif » que représentent toutes les composantes de la biosphère, mais aussi de l’immense coût rattaché à leur perte, souvent irréversible.


Reste à traduire en dollars cette valeur, ce qui risque de s’avérer très complexe. Une étude mondiale lancée par le G8, intitulée L’économie des écosystèmes et de la biodiversité, a toutefois permis de rassembler quelques éléments économiques assez révélateurs. À titre d’exemple, les insectes pollinisateurs contribueraient à eux seuls aux rendements agricoles mondiaux pour une valeur de plus de 200 milliards de dollars par année. Le riche bagage génétique des diverses espèces animales et végétales serait pour sa part à l’origine de la moitié du chiffre d’affaires du lucratif marché pharmaceutique.


Le fait de protéger les forêts - qui rendent une panoplie de services comme l’absorption de carbone ou la régulation de l’eau - générerait une valeur annuelle nette de 3700 milliards de dollars pour l’ensemble du globe. À l’opposé, la destruction des grandes forêts engendre des coûts immenses. L’étude lancée par le G8 et parrainée par l’ONU cite en exemple le cas de la Chine. La valeur des services rendus par les écosystèmes forestiers perdus, du fait de la déforestation en Chine entre 1950 et 1998, est estimée à 12 milliards par année.


Une autre étude menée par le réputé économiste américain Robert Costanza à la fin des années 90 a permis d’évaluer la valeur des écosystèmes marins. Pour l’ensemble du globe, elle atteindrait plus de 20 000 milliards de dollars par année, dont 12 000 milliards pour les milieux côtiers comme les estuaires ou les récifs coralliens. Des chiffres qu’il faudrait aujourd’hui réviser à la hausse.

Un Saint-Laurent qui vaut des milliards


Dans son étude, M. Costanza a donné une valeur à chaque hectare de milieu marin. Lyne Morissette a donc transposé les estimations de l’économiste pour évaluer sommairement la valeur du Saint-Laurent. « On a environ 175 000 km2 d’un écosystème de type “estuaire”, qui pourrait donc rendre des services de l’ordre de près de 400 milliards de dollars par année. » Même en mettant de l’avant une analyse qui diviserait ce montant par deux, la somme reste tout de même significative, précise la chercheuse.


Elle admet toutefois qu’une telle évaluation reste à faire. Mais l’idée d’accorder une valeur économique à l’écosystème du Saint-Laurent lui semble essentielle. La chose est d’autant plus pertinente dans un contexte où les gouvernements du Québec et du Canada sont tous deux favorables à l’exploitation pétrolière et gazière en milieu marin. « Le gouvernement actuel a une stratégie très “économique”. Convaincre ces gens-là de la nécessité d’assurer la protection du Saint-Laurent exigera donc de parler d’économie avec eux. Parce qu’il y a d’un côté le pétrole et les emplois, et de l’autre, l’idée d’assurer la protection et la pérennité de tout un écosystème. »


C’est aussi dans l’optique de convaincre les décideurs politiques d’agir pour la création d’une ceinture verte dans la région montréalaise que la Fondation David Suzuki et Nature-Action Québec ont décidé de chiffrer la « valeur économique des biens et services écosystémiques ». Dans une étude publiée en février dernier, celle-ci est évaluée à 4,3 milliards de dollars par année, dont plus de deux milliards uniquement pour le volet forestier.


Mais ces évaluations demeurent pour le moment sommaires. Elles ont aussi leurs détracteurs. L’idée même d’accorder une valeur économique arbitraire à des écosystèmes ou des composantes de la nature qui ont mis des centaines de millions d’années à se développer déplaît à de nombreux défenseurs de l’environnement. Des militants contactés par Le Devoir ont d’ailleurs fait valoir que cette idée fait l’objet de vifs débats au sein de différents groupes écologistes.


La responsable des communications chez Greenpeace, Catherine Vézina, a pour sa part souligné que l’organisation environnementaliste ne s’oppose pas à l’idée d’attribuer une valeur aux services rendus par les écosystèmes. Elle demeure toutefois risquée, selon elle, puisqu’elle pourrait « enfermer la complexité de la nature dans une approche “comptable”. Donner une valeur aux services rendus par les écosystèmes ne permet que d’avoir une estimation approximative des services rendus et demeure un exercice très subjectif. »